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Je ne suis qu'un mouton

Avant de partir en Australie, il était clair que je ne ferai pas comme tout le monde.
Non, je n'irai pas à Sydney pour le feu d'artifice. Non, je ne serai pas comme tous les backpackers qui migrent en masse à cette époque de l'année. Je pensais me contenter d'une fête toute simple les pieds dans le sable dans n'importe quelle petite ville du pays.

Sauf que parfois on est amenés à faire des concessions.

Puis, vivre le firework de Sydney, ça doit certainement figurer sur une quelconque liste de choses à faire dans sa vie avant de mourir...

Bref, j'ai fait le mouton.
J'ai patienté presque sept heures aux côté de milliers millions d'australiens pour assister à cet événement mondial...

Une épreuve de patience, il faut bien l'avouer.
Jamais je n'ai attendu aussi longtemps pour quoique ce soit. (Il y a bien cette fois où avec une autre folle de mon espèce, on avait fait le pied de grue près de 6 heures au soleil pour croiser Monsieur Tarantino et lui crier notre Amour, mais bon... c'est une autre histoire...)

A minuit, le spectacle commence.

Ça pète dans tous les sens, depuis l'Harbour Bridge, de l'autre côté, je ne sais plus où donner de la tête. La foule s'extasie en poussant des oh ! Et des ah ! Alors, oui c'est beau ! C'est grand ! C'est impressionnant ! Mais en 10 minutes à peine, c'est bouclé...

Petite pointe de déception.
Quentin Tarantino, lui, était resté plus de 10 minutes... Ahem...

Allez, une chose en moins à faire avant de mourir !


Happy New Year !




Les androïdes rêvent-ils de cerises électriques ?

1er janvier.
Le temps de se remettre de la soirée du New Year Eve et de prendre mes bonnes résolutions pour la nouvelle Année et nous revoilà sur la route, bien déterminées à trouver du travail.

On évite les grandes exploitations agricoles prisées par les backpackers, et on pousse notre van un peu plus loin dans les terres. On s'arrête à Batlow, toute petite ville réputée pour ses nombreux vergers de pommes. On part à la pêche aux informations et aux contacts pour finalement apprendre que la récolte des pommes ne commencera que fin février.
Sur la route, des petites échoppes provisoires vendent des berries et des cherries au kilo, en confiture et même en tartes – qui ont l'air délicieuses soit dit en passant. On décide de tenter notre chance.

Premier arrêt, la chance nous sourit. Le bonhomme nous propose de commencer dès le lendemain matin pour quelques jours d'essai.

Au programme : tri de cerises avant expédition des cartons.
L'entrepôt gère toutes les cerises de la vallée et il y a du travail pour quelques semaines. Ou comment toquer au bon endroit, au bon moment !
Au bout de deux jours, on est embauchées. Bien payées, en toute légalité, dans une équipe constituée uniquement d'australiens, par un patron sympa et honnête. La roue tourne enfin !

Les journées se suivent et se ressemblent, et la cagnotte se renfloue. On retrouve une petite routine, rassurante et éphémère, qu'on apprécie chaque matin en se levant.

Sur les tapis roulants, les yeux traquent les moindres imperfections sur les cerises, les doigts obéissent et trient automatiquement les fruits tandis que mon esprit, vagabond et intenable, s'aventure déjà vers de longues routes bitumées, au bout desquelles s'élèvent un éventuel Océan Indien, des destinations aux consonances aborigènes, et quelques contrées un peu plus lointaines...

Un seul élément peut enrayer la mécanique : la pluie, imprévisible, qui peut stopper les récoltes à tout moment. Et qui nous ferait alors revoir nos plans pour la suite...

Direction Adélaïde

Comme on le redoutait, à la fin de notre seconde semaine de travail, la pluie commence à tomber pour ne pas s'arrêter pendant plusieurs jours. Le picking étant compromis, ainsi s'achève la saison des cerises et notre dernière semaine de packing.

On profite de nos derniers jours au caravan park de Batlow, et ironie du sort, le dimanche, jour de notre départ, un grand soleil nous accompagne !

On tourne notre boussole vers l'Ouest et en avant ! On quitte notre modeste confort et la vie sur la route reprend ! Avec tous ses détails quotidiens : trouver un endroit où dormir, où se doucher, tirer un trait sur les produits frais, que faire à manger...? On reprend nos bonnes habitudes et les galères qui vont avec, mais qu'est-ce que c'est bon de retrouver cette liberté !

On s'éloigne des collines et des vallées de Batlow pour traverser des paysages arides à perte de vue. Notre route passe dans des villes dont la population ne dépasse pas les 100 habitants et je me demande comment on peut délibérément choisir d'habiter ici. On est vraiment à la limite de l'outback, il n'y a rien, strictement rien et les conditions de vie semblent vraiment compliquées. Quelques élevages de bétail s'étendent dans des champs secs et brûlés par le soleil. Dans les rares stations service, on croise même des cowboys, bottes et chapeau vissé sur la tête. Sur la route déserte, des buissons desséchés roulent, poussés par le vent... je me croirais vraiment dans un vieux film de western !

La route nous prend deux jours pour passer dans le South Australia et nous rapprocher d'Adélaïde. Avant de s'aventurer dans la ville, on vise les alentours et accessoirement les plages. Qu'il est agréable de revoir le bleu de la mer après tant de temps passé dans les terres !

On passe notre première nuit à Seaford. On mange nos bols de nouilles assises face à l'océan, avec en prime des dauphins qui font leur cirque à quelques centaines de mètres du littoral. Cerise sur le gâteau : magnifique coucher de soleil !


Le lendemain, on se rend compte que notre coin est bien trop fréquenté en journée – comme toutes stations balnéaires vous me direz – et on part à la recherche de « notre » coin.

On trouve notre bonheur un peu plus loin, à Maslin Beach, plage quasi déserte où des falaises tombent à pic dans la mer. La plage s'étire sur des kilomètres et curieuses, on se dirige vers le coin le plus beau : au pied des falaises.

Mais à mesure qu'on avance on croise de plus en plus de gens tout nus ! C'est en fait un coin pour les nudistes ! Tant pis, on s'y installe quand même, à distance raisonnable de nos voisins. Après un court moment de gêne à être les seules 'habillées', on se rend compte qu'il n'y a pas de regards insistants, ni de jugements et on profite de la plage comme si de rien n'était... Et c'est mine de rien ma première vraie baignade à l'autre bout du monde ! Il en a fallu du temps, et j'en profite comme il se doit !


L'endroit est tellement sauvage et beau qu'on décide d'en faire notre camp de base pour les jours à venir. Plage, parking isolé pour pouvoir y dormir tranquille, douche (froide et en extérieur) et toilettes à proximité, on a tout pour être heureuses !